La lettre de Jamal à Soleiman

15/03/16

Soleiman, ne m’en veux pas,

J’ai dû faire l’un des choix les plus importants pour l’homme que je suis. Pour les hommes en général. Pourtant mon choix est fait. Mon choix est dur. J’ai dû choisir entre mon bonheur et ta vie. Mon bonheur serait de t’avoir avec moi jusqu’à mon dernier instant. Comme je ne veux pas te condamner, je suis décidé à préserver ta vie, te libérer. La chaîne qui me retient ici, au Soudan, se nome le Sida.

Cette fichue maladie va m’emporter vers l’au-delà. D’après le médecin, je suis en phase terminale. Prends, le peu d’argent qu’il me reste, il te sera utile, il t’emmènera en Libye, à Al-Zuwarah. Lorsque je partirai définitivement, mon dernier souvenir chaleureux du Soudan, sera toi, au café de Fayçal, tenant une tasse à la main et les fameuses et succulentes dattes de notre pays.

Quelque chose en moi a changé, c’est une certitude. Je peux le sentir en moi ; la mort me consume, elle est lente et vicieuse. Ma souffrance s’accroisse peu à peu, et, je me sens partir lentement. Tu me manques déjà. A maman aussi. Zohra va venir pendant deux jours, mais tu seras déjà parti : elle va avoir son premier enfant. Notre premier neveu. Dommage que tu ne puisses pas le voir. Dommage que nous ne puissions pas te voir…

Avec amour, Jamal, ton frère de toujours…

Laisser un commentaire