Interview de Laurent Gaudé

  1. Pourquoi convoquer ces thèmes actuels et chargés ?

Je suis attiré par les sujets tragiques et les textes épiques. Je ne sais pas écrire sur des banalités, je vais toujours vers les endroits où il y a fureur et convulsions. J’aime les événements tristes où mes personnage sont expulsés de leur vie quotidienne, dépouillés de leurs métier et de leur contexte familier. Ils sont démunis et abordent de vraies questions essentielles et existentielles. Avec cette interrogation : qu’est- ce qui fait qu’on avance, pourquoi est on en vie ?

2)  » Eldorado  » peut provoquer des sueurs froides, car, dans ce roman, le commandant Piracci constate un tel appétit dans le regard des réfugiés qu’il décide de prendre la route lui aussi. Comme si l’exil était un choix et non une fatalité. N’avez vous pas un scrupule moral a développer cette thèse ?

J’établis une différence entre les réfugiés qui doivent partir ( notamment les habitants d’Afghanistan, d’Erythrée, de Syrie ) et ceux qui choisissent de partir comme les Maliens ou les Sénégalais. Les réfugiés Syriens n’ont pas de désir dans leurs yeux mais de l’épuisement. Mais je respecte cet état qui laisse sans voix. Les émigrés rêvent d’une vie meilleure. Je les respecte pour cet élan.

3) Comment préparez vous ces fictions inspirées par la réalité ?

Je réunis d’abord une masse d’informations importante car j’ai gardé le goût pour la collecte de ces dernières. Ensuite, je tire une deuxième salve de notes et j’établis un tri. Enfin naissent mes personnage qui ont leur propre autonomie. J’écris pensant des mois, je lis mes textes à vois haute. Quand j’écris du théâtre ou un roman, je lis mes textes à plusieurs reprises, et chaque fois que je bute sur un mot, je modifie.

4) Enfant, vous étiez faché avec l’orthographe. En gardez vous une trace aujourd’hui ?

Non,ça va beaucoup mieux ! Même si c’est compliqué ! La difficulté m’a souvent inhibé. J’étais un élève tranquille qui étudiait avec peu de difficulté mais je ratais tous les concours dans les grandes écoles. J’ai du apprendre à séparer l’orthographe de l’expression. Pour moi, l’écriture, c’est le rythme, la sinuosité de la phrase, c’est une sonorité et non une affaire technique.

5) Vous avez publié 8 romans et 14 pièces ou monologues de théâtre. Quelle est la différence entre ces deux modes d’écriture ?

Je dirais l’oralité. Je met de plus en plus de récit dans mes pièces de théâtre et pareil pour le langage direct dans mes romans. Je marie l’épique et le dramatique. Je ne suis plus capable d’écrire du théâtre si je ne connais pas le destinataire, la personne, ou la troupe qui va jouer la pièce.0

6) Quels sont vos modèles d’écriture ?

Je dirais Racine pour son classicisme absolu, Shakespeare pour sa démesure et son mélange de comique et de tragique. Et j’adore Bernard-Marie Koltès car je suis transporté par son théâtre. Il aborde des sujets contemporains avec une langue pure et belle.

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